[TEST] Phoenotopia: Awakening – Une claque inattendue du Metroidvania

CONTEXTE

Il y a des jeux qu’on attend au tournant pendant des mois, voire des années, pour au final se retrouver très déçu (ce fut mon cas pour NieR:Automata, que je n’ai vraiment pas aimé). Plus rarement, on achète un titre qu’on a pris pour une bouchée de pain lors d’une promotion en espérant que celui-ci fasse le boulot… C’est de là qu’a commencé mon histoire avec le Metroidvania dont je vais vous parler aujourd’hui : Phoenotopia: Awakening.

Lorsque j’ai pris Phoenotopia: Awakening lors d’une promotion durant les fêtes de Noël, mon niveau d’attente était faible. Je m’attendais à un Metroidvania pas forcément folichon qui n’aurait comme qualité principale de m’occuper un peu… Ce fut probablement l’une des plus belles erreurs de mon existence. Remake d’un jeu flash sobrement intitulé Phoenotopia, sorti initialement en 2014, le studio Cape Cosmic allait me plonger dans une expérience qui, clairement, s’annonçait singulière et passionnante.

Date de sortie : 20/08/2020
Développeur - Éditeur : Cape Cosmic - Flyhigh Works
Supports principaux : PC, Switch, PS4, Xbox One
Metroidvania à quel point ? Fortement, le monde se dévoile au fur et à mesure de notre progression. Revisiter les lieux sera nécessaire pour compléter Phoenotopia: Awakening.
Durée de vie : Entre 30 et 60 heures
Difficulté : Élevée
Prix : 17,99€

UN PASSIONNANT VOYAGE

Très souvent comparé à Zelda II pour sa world map digne d’un RPG où on peut y déplacer notre avatar pour se rendre à certains lieux, Phoenotopia: Awakening ne partage au final pas tellement de points communs avec l’héros de Nintendo. Il m’est très difficile de rapprocher Phoenotopia: Awakening avec un autre jeu tant celui-ci m’a paru original. Dès les premières minutes, même un amateur de Metroidvania peut se retrouver quelque peu désorienté. Il faut d’abord noter qu’on est clairement invité à prendre notre temps, à discuter aux villageois et ne pas hésiter à fouiner un peu partout afin de glaner quelques informations, ou tout simplement récolter des objets en tout genre d’une importance variable, mais pouvant faire la différence en combat.

Osons les termes, si vous vous attendez à une balade de santé, vous risquez d’être vite surpris. En début de partie, le joueur sera demandé pour choisir entre cinq niveaux de difficulté. Tout cela n’aura aucun impact sur la puissance ou la résistance d’un ennemi, mais rajouteront diverses mécaniques de gameplay qui viendront potentiellement mettre des bâtons dans les roues du joueur. Que ce soit les coups de base qui consomment de l’endurance ou le fait qu’on ne puisse pas manger la nourriture directement dans son inventaire, Phoenotopia sait comment moduler sa difficulté sans toucher une seule fois à la moindre statistique. La meilleure façon de comprendre ce point est de jouer à Tower of Heaven, où le début d’une simplicité enfantine se transforme rapidement en une expérience infernale. Difficulté causée par un livre de lois qui s’alimente au fur et à mesure qu’une entité supérieure impose de nouvelles règles à suivre, ayant pour conséquence de recommencer le niveau en cas de transgression, mais bref, je m’égare.

Préparez-vous à voir souvent cet écran lors de vos premières heures de jeu !

Pour en revenir à la difficulté dont vous allez devoir faire face pour triompher de Phoenotopia: Awakening, il sera demandé aussi d’être patient. Gail, l’héroïne du jeu, est une jeune femme qui comme nous tous (en tant que personne humaine, pas comme femme) possède des limites physiques. Une jauge d’endurance empêchera bien nombre d’actions si elle est vidée (bien plus régulièrement en difficulté max, soit dit en passant). Ce système d’endurance peut faire penser aux jeux Souls (mais aussi à Castlevania: Order of Ecclesia), mais elle n’est pas si handicapante que cela. Il ne faut pas forcément deux-trois actions pour qu’elle se vide (surtout à la fin si vous explorez bien et que vous dénichez suffisamment de Gemmes d’Energie pour biiiien allonger cette barre) et celle-ci doit être davantage perçue comme un moyen d’éviter que le joueur bourrine sans réfléchir. Cela se ressent durant les combats de boss où ceux-ci se finissent bien plus rapidement en basse difficulté que si celle-ci était réglée au maximum. Des combats de boss globalement très inspirés, pas forcément très difficiles tant que le joueur ne bourrine pas sans penser à esquiver.

Tous ces éléments combinés rendent l’expérience du jeu vraiment passionnante. Même pour un fan de Metroidvania, Phoenotopia: Awakening donnera l’impression de parcourir un jeu unique qui, malgré ses multiples emprunts et clins d’œil (beaucoup de l’ordre du simple Easter Egg), ne ressemblera en rien à ce qu’on a pu jouer précédemment. C’est la première très grande force du titre de Cape Cosmic, qui se démarque de toutes les autres productions, alors que la scène indépendante regorge d’énormément de Metroidvania aujourd’hui.

UN GAMEPLAY DIFFICILE À APPRÉHENDER, MAIS QUI DEVIENT GRISANT À MAÎTRISER

On va de nouveau revenir sur la difficulté du jeu… Vous allez mourir, même beaucoup au départ. Les indications sur ce qu’on doit faire sont assez minces et il faudra même souvent parler aux différents habitants qui peuplent le monde afin de savoir quoi faire (que ce soit en terme d’objectif, ou même savoir certaines subtilités de gameplay). Cela en résulte un jeu qui pourrait déjà dissuader certains, si vous cherchez un Metroidvania qui vous guide de A à Z, Phoenotopia: Awakening n’est définitivement pas pour vous. Mais même si cela n’est pas votre tasse de thé, je vous invite néanmoins à faire un effort. Malgré la sensation souvent de se perdre et ne pas savoir quoi faire, les très nombreuses choses annexes à faire durant le jeu font qu’on ne perd que très rarement son temps.

Cette invitation à se perdre se marie à merveille avec une des mécaniques du jeu, le système de soin. Gail pourra transporter avec elle beaucoup d’objets différents qu’elle récoltera sur le terrain, tant que son inventaire n’est pas complet (la taille de celui-ci pouvant être augmenté au cours du jeu contre des RINs, représentant le fric). l’exploration est alors encore plus importante car celle-ci permet alors de se soigner en cas de passage difficile. Parlons aussi du petit mini-jeu qui se déclenche lorsqu’on doit faire cuire un aliment en particulier. Très rapide à faire, celui-ci consiste en une petite séquence de Quick Time Event (je peux dire QTE ?…) dont la réussite permet de cuire l’aliment qui en voit ses bienfaits améliorés.

Je me demande ce qu’il y a pour dîner !

Avec brio, le studio Cape Cosmic a mis en place une mécanique pourtant assez basique, mais terriblement efficace. Exit les Castlevania où on pouvait stacker des items en surnombre jusqu’à que cela devienne ridicule. Ici, récupérer de la santé reste assez aisée, mais pas au point d’être abusif. Excepté dans les difficultés les plus basses où on peut se soigner directement dans l’inventaire, le joueur devra d’abord s’équiper de la nourriture qu’il souhaite manger, et prendre quelques instants pour la déguster entièrement. S’il se prend un coup durant le processus, il devra alors recommencer, accentuant le risque donc de mourir. Un système donc à double-tranchant qui punira ceux qui se soigneront trop tard. Entre deux passages tendus, il est parfois agréable d’aller en lieu sûr pour pêcher un peu (une activité au passage très réussie, à la fois challengeant, surtout quand on essaye de choper les plus grosses prises), essayer de gagner un peu d’argent ou simplement jeter un petit coup d’œil. Phoenotopia: Awakening déborde tellement d’objectifs secondaires et de secrets qu’il serait fort dommage de se précipiter. De quoi se détendre quand la difficulté du jeu commence à peser sur les nerfs.

Un certain temps d’adaptation sera demandé au joueur pour correctement contrôler Gail. Ce n’est pas un défaut que je reproche, loin de là. Pour dire même, le système de sélection rapide que vous apprendrez bien tôt à utiliser dans le jeu est une telle réussite qu’il devrait devenir un standard. C’est tout simplement que le jeu est d’une richesse tellement grande dans son contenu et son game design que le nombre de commandes différentes est par conséquent plutôt élevé. Et vu qu’on parlait de contenu, c’est pour moi une parfaite occasion de faire une transition qui ne paraît pas brutale.

Le premier « donjon » du jeu est un bon tutoriel pour apprendre le joueur à bien contrôler Gail.

UN METROIDVANIA D’UNE RICHESSE INOUÏE

Sans déconner, quand je lisais sur la page Steam qu’il faudrait 25 heures pour finir le jeu et 50 heures pour le compléter, non seulement je pensais que ce serait faux, mais qui plus est, les développeurs ont clairement sous-estimé la durée de vie de leur titre. Ce serait plutôt 30-40 heures pour le finir une première fois, et une bonne vingtaine d’heures pour enfin avoir une complétion totale de Phoenotopia: Awakening. Pour un peu moins de 20€, la durée de vie d’un Metroidvania oscille pourtant entre 8 et 20 heures. Comment cela se fait-il alors que Cape Cosmic puisse atteindre une telle durée de vie et sans qu’on ait de véritables moments où on s’ennuie comme dans une file d’attente à la cantine ?

Il faut savoir qu’un succès du jeu demande d’atteindre le dernier point de sauvegarde en 4 heures. Ce constat fait, on se rend compte alors que Phoenotopia: Awakening a énormément d’objectifs secondaires, entre les tâches données par différents personnages, certaines zones qui se dévoilent davantage au fur et à mesure qu’on acquiert diverses capacités. Ou même les 55 Rubi-Cœurs, les 33 Gemmes d’Energie et les 111 Pierres de Lune à trouver, qui font un peu office de collectibles type « quarts de cœur de Zelda » en guise de comparaison. Bref, on est vraiment invité à tout explorer et à reparcourir certaines zones pour dénicher tous les petits secrets et améliorations qui pourraient nous simplifier la vie. Je tiens à le préciser encore, Phoenotopia: Awakening, même dans sa difficulté la plus basse peut devenir vraiment corsé. On est happé durant toute l’aventure à essayer d’absolument tout trouver et à même finir par accepter sans aucun problème le rythme assez lent du jeu.

D’excellents réflexes ! (Sinon, oui, une quête secondaire vous demandera de teindre vos cheveux.)

Je parlais quelques lignes auparavant des améliorations (obligatoires) disponibles. Avant que je vous décrive tout cela, j’imagine que si je vous parle de capacités à récupérer dans un Metroidvania, vous pensez au double-saut, à la capacité d’exécuter un dash, etc. Oubliez tous les vieux clichés du Metroidvania, une fois encore, Cape Cosmic a eu l’excellente idée de réfléchir à comment renouveler tout cela. Au fil de sa grande aventure, Gail obtiendra divers objets comme une bombe lui permettant de briser certains obstacles, rien de bien original. Mais aussi une lance ayant pour particularité de s’accrocher à des murs non solides et d’autres gadgets tout aussi intéressants. Les Pierres de Lune récoltées amélioreront ceux-ci, à condition de faire preuve de curiosité.

Les speedrunners seront donc ravis d’avoir une expérience pouvant être finie en très peu de temps (le record mondial actuel est de 1 heure et 31 minutes, c’est dire !). Et les fana de 100% en auront pour leur argent, avec des dizaines d’heures de plaisir à tout dénicher (et comment vous dire… le jeu déborde de petits secrets en tout genre, si vous adorez l’exploration, foncez acheter Phoenotopia: Awakening !).

Habituez-vous, la maniabilité de Gail est assez lourde… parfois même un peu trop pour certaines phases de plates-formes qui deviennent légèrement frustrantes.

BON, LE FOND EST GÉNIAL, LA FORME, ÇA DONNE QUOI ?

Verdict encore une fois : C’est exceptionnel. Je ne plaisante pas.

Cape Cosmic nous offre en plus d’un Metroidvania original, intéressant et riche dans son gameplay, des graphismes type « pixel-art 16-bits » de toute beauté dans des environnements super diversifiés qui fourmillent de détails et des musiques absolument divines offrant des thèmes mémorables.

Mais avant, Phoenotopia: Awakening, ça raconte quoi ? Cela nous raconte un monde qui fut autrefois ravagé par une grande guerre. Incapable de pouvoir continuer à accueillir la vie suite à l’utilisation d’une arme développée par les humains, le Phœnix, il fut alors décidé de construire des abris dans les profondeurs de la Terre. Plusieurs siècles passèrent et les humains se réveillèrent, construisant une nouvelle civilisation, tandis que le Phœnix ne devint plus qu’une simple légende. Un scénario au postulat pas forcément très original qui possède beaucoup de surprises. Mais c’est surtout dans ses dialogues que le jeu brille, si la traduction française est franchement bonne avec un humour bien retranscrit (qui s’amuse par ailleurs à parfois jouer avec les habitudes du joueur, en lui faisait croire certaines choses pour qu’au final ce soit tout l’inverse) ainsi qu’un certain franc-parler dans les dialogues qui rend le tout très humain. On pourra déplorer néanmoins de nombreuses petites fautes de français, probablement dû à un certain manque de relecture de la part de celui qui s’est occupé de la traduction. Dommage car le reste est nickel.

« Je marche seul ! »

Pour que le joueur tienne plusieurs dizaines d’heures sans s’ennuyer, il allait falloir à l’équipe de Cape Cosmic de se retrousser les manches en ce qui concerne les graphismes. Et il n’y a qu’une seule personne qui s’est occupée de la partie artistique, une certaine Anna/Pirate… Eh bien… toutes mes félicitations, le pixel-art est fantastique. L’aspect « pastel » (si je peux dire ainsi, cela se voit surtout lors des quelques cinématiques qui composent le périple) qui se dégage des environnements du jeu convient à merveille. Chaque section, chaque zone du jeu a sa propre personnalité et à aucun moment on a une sensation de répétitivité dans les décors. Je voudrais consacrer au moins une ligne pour simplement mentionner une zone au charme exceptionnel, la Ravine du Clair de Lune. Autant je n’aime pas tellement le rose, autant cette couleur est utilisée de façon incroyablement efficace et pertinente lors de ce passage.

Somptueux, le pixel-art du titre s’accompagne en plus de quelques cinématiques bien dessinées. D’une grande richesse d’environnements à parcourir. Et d’une belle fluidité en ce qui concerne l’animation des sprites.

Pour la partie auditive, nous voilà servi grâce à un sacré talent caché qui est sillythewilly qui nous gratifie d’une excellente B.O. avec des musiques pouvant mêler du chiptune avec du rock ou des sonorités bien plus douces à base de piano (au passage, quel beau piano !). Le tout se marie parfaitement et ne retenons pas nos mots, ça déchire, vraiment.

POINTS NEGATIFS

  • La difficulté et le manque de guide ne plairont pas à tout le monde.
  • Certaines phases de plates-formes un peu frustrantes à cause de la maniabilité de Gail.
  • Une traduction française PARFOIS très très légèrement boiteuse.
  • Le fait que je me creuse les méninges pour trouver un défaut supplémentaire à ce jeu.

POINTS POSITIFS

  • Un contenu absolument dantesque, proposant entre 30 et 60 heures de jeu environ.
  • De multitudes activités disponibles pour se détendre et refaire le plein de consommables pour mieux attaquer la suite.
  • Un gameplay hyper diversifié, où le joueur prendra plaisir à s’écarter de la route principale pour accomplir des objectifs secondaires et annexes.
  • Les multiples gadgets originaux que Gail récupèrera qui donne la majeure partie du côté Metroidvania de Phoenotopia: Awakening.
  • Un scénario d’apparence basique, mais qui réserve son lot de surprises avec des dialogues bien écrits et drôles.
  • Un pixel-art sublime.
  • Des musiques variées et très réussies.

Phoenotopia: Awakening est une réussite totale. Parvenir à ce point à maîtriser les codes du Metroidvania pour proposer une aventure si riche, mais à la fois, si singulière. Peu de studio en serait capable. Et pourtant, le titre de Cape Cosmic est définitivement un chef d’œuvre. En achetant Phoenotopia: Awakening (ce qui est mérité, surtout que le titre est un échec commercial, soutenez-le bon sang !), préparez-vous à plonger dans une aventure inoubliable.

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