[TEST] Rogue Legacy 2 – Un excellent Rogue-Lite dans un splendide Metroidvania

CONTEXTE

« Comment faire une bonne suite ? », voilà une question intéressante qu’a dû se poser l’équipe du studio canadien Cellar Door Games. Il faut dire que leur plus gros succès date de 2013 avec Rogue Legacy. Pourtant, en 2018, l’équipe avait sorti un autre jeu du nom de Full Metal Furies qui… a connu un énorme échec. De toute façon (et ce, même si c’est pas un indicateur forcément très pertinent), il faut comparer le nombre d’avis sur les deux jeux, FMF en a beaucoup moins que Rogue Legacy. Il est très probable qu’une suite de leur plus gros succès ait été mise en chantier à cause de cet échec. Après tout, une entreprise doit à tout prix éviter de mettre la clef sous la porte. Le choix le moins risqué était donc de relancer l’engouement qu’a suscité le premier Rogue Legacy en le remettant au goût du jour.

« Remettre au goût du jour », c’est bien ce que l’on pourrait dire. C’est triste à dire, mais en ayant réessayé le jeu récemment… Rogue Legacy 1 est un jeu désuet. Déjà assez moche à sa sortie, dorénavant à côté d’un Dead Cells au pixel-art sublime, le hit de Cellar Door Games fait vraiment peine à voir. Et ne parlons pas du gameplay qui semble dépassé, ou encore de la difficulté extrême au départ. Bref, après neuf années, proposer une suite s’avère être une très bonne idée pour le titre qui, par le passé, a rendu le Rogue-LITE (à ne pas confondre avec le Rogue-Like) populaire.

La première zone partage beaucoup de similitudes avec celle du premier opus. Quand l’early access du jeu était sorti avec seulement cette zone, les retours étaient assez mitigés avec malheureusement cette trop grande impression de ressemblance. Pas une bonne idée de communication !

NE PAS CHANGER LA BASE, MAIS TOUT AMELIORER

Cellar Door Games a donc choisi pour sa suite de reprendre la structure qui a fait le succès du premier opus. A savoir explorer un château au level-design généré aléatoirement, divisé en plusieurs biomes de plus en plus dangereuses. Le but pour le joueur va être d’amasser le plus d’argent possible avant que l’avatar qu’on incarne rende l’âme. Quand cela arrive, un des héritiers du défunt prend sa place, et peut dépenser tout le pognon afin de devenir plus puissant. Il peut investir dans l’amélioration de son château (vous devez améliorer votre château en explorant un château…  châteauception), qui permet d’améliorer ses statistiques, acquérir plus de classes, déverrouiller des PNJs, etc. Mais aussi acheter des runes ou des équipements, sans dépasser la limite de poids, et d’avoir trouvé la fabrication de l’objet en explorant le château.

L’équipe derrière la suite a donc compris quel problème avait le premier opus, un problème non pas de fond, mais de forme. La formule devait rester dans les grandes lignes similaires, mais corriger les points qui, en 2022, font tiquer. Le début de Rogue Legacy 1 était vraiment trop difficile ? Rogue Legacy 2 propose une difficulté bien plus équilibrée, avec un début bien plus accessible aux néophytes. Les améliorations coûtaient beaucoup trop chers au bout d’un moment ? Les prix sont désormais bien plus abordables. Les traits ennuyeux de certains héritiers faisaient qu’on n’avait aucune raison de les prendre ? Ils octroient dorénavant de gros bonus d’or. Justement, on y vient !

From petit château…

…to énorme château !

SOS HANDICAP ? ON VOUS PREND !

Que sont les « traits » dans Rogue Legacy ? Ce sont des espèces d’handicap que certains héritiers peuvent subir. Ils peuvent être visuels, avec par exemple le jeu en noir et blanc, ou encore avec un espèce de filtre nostalgique. Mais ils sont aussi capables d’en affecter le gameplay, avec des personnages n’ayant qu’un seul point de vie… voire même incapables d’infliger le moindre dégât car pacifiste !

A ce moment-là, vous me demanderez pourquoi choisir des héritiers avec des traits pour quelques-uns vraiment emmerdants. C’est car le bonus d’or s’avère de temps en temps plus intéressant que le côté chiant des handicaps qu’on peut subir. Et si le bonus ne convainc toujours pas, on peut améliorer une pièce du château et l’augmenter davantage. C’est très intelligemment amené, au point même que je ne finissais par ne prendre aucun héritier sans handicap. Rogue Legacy 2 nous propose de nous infliger une difficulté supplémentaire plus ou moins importante contre potentiellement plus d’argent. C’est une idée qui fonctionne très bien, car en plus de réduire les chances que la répétitivité s’installe, les contraintes que le joueur s’inflige en améliore sa dextérité. Cela permet d’être plus efficace lorsqu’on souhaite rebasculer avec un héritier avec aucun trait gênant. Ce qui risque d’être utile contre les boss.

Je ne fais de toute façon rien comme les autres.

QUE C’EST FUN DE TOUT MASSACRER !

Rogue Legacy 2, tout comme son prédécesseur, propose un gameplay qui se rapproche sous pas mal de points des Castlevania. Tuer des ennemis, saccager des éléments du décor, ouvrir des coffres, etc. offrent des récompenses au joueur. Si le bestiaire aurait gagné à être un peu plus étoffé (surtout quand on a des ennemis qui sont des déclinaisons en plus puissantes). Ceux-ci remplissent parfaitement leur fonction, et chaque environnement propose ses propres ennemis et challenges. De quoi éviter la monotonie présente dans le premier opus où tous les biomes se ressemblaient. Dans ce second opus, on passe de quatre à six zones différentes, et qui ne ressemblent pas du tout dans leur façon d’être abordées. Mention spéciale à la seconde zone « L’Axis Mundi » et la cinquième zone « La Tour Solaire » qui proposent respectivement un level-design se déroulant horizontalement, et l’autre, verticalement.

Tout est pensé pour que le joueur ne ressente pas de lassitude alors que Rogue Legacy 2 demande principalement au joueur… bah de grinder ! Une activité souvent perçue de façon négative. Mais c’est avec ses 15 classes qui se jouent tous très différemment, une maniabilité grandement améliorée avec un coup vers le bas (down-stab, pour les puristes) remplacé par un coup de pied tournoyant beaucoup plus pratique, etc. qu’on se rend compte à quel point Cellar Door Games a peaufiné son titre afin qu’il soit le plus plaisant possible. Quand bien même on va souvent mourir, jamais on a envie d’abandonner. La défaite n’est pas subie comme une punition pour le joueur, mais comme une étape nécessaire à sa progression. Et ça, c’est très bien joué.

Les combats sont tellement excitants ! Peu de jeux où il faut massacrer des ennemis en boucle peuvent se targuer d’être aussi amusants.

SUBTILEMENT METROIDVANIA

Au fil des runs qui passent, le joueur sera amené à récupérer des objets via diverses épreuves (servant de tutoriel pour chaque capacité) nommés les « Héritages ». Ces « héritages » donnent le côté Metroidvania de Rogue Legacy 2 avec le double-saut, un dash aérien, etc. Ceux-ci fluidifient les mouvements du personnage au point où celui-ci pourra facilement se battre dans les airs par exemple. Mais aussi, les mouvements obtenus permettent d’accéder à de nouvelles zones et déverrouiller certaines portes de boss. Au nombre de six (+ les deux derniers boss… et les huit nouveaux pour les New Game+), ces boss représentent de sacrés défis, avec des patterns très complexes demandant de les esquiver de façon précise. Réussir à les battre procure beaucoup de satisfaction, sans parler dû fait qu’ils sont d’un point de vue esthétique souvent sacrément réussis.

Avant d’acquérir un objet « héritage », un petit tutoriel ne durant que quelques minutes montre tout ce qu’on peut faire avec.

LES RELIQUES DE LA VIE ET… DE LA MORT

A quelques endroits dans le château, le joueur sera amené à choisir entre deux reliques (sachant qu’il pourra les « relancer » de plus en plus de fois selon l’avancée de son château). Ces reliques octroient divers effets et améliorations (parfois avec une contrepartie). Infliger plus de dégâts, en subissant tout autant davantage. Mettre des effets comme le poison ou la brûlure à un ennemi. Ou tout simplement, arrêter sa run (donc mourir) en échange de gagner 35% d’or en plus, etc. Les reliques sont très nombreuses, et il sera nécessaire de les « tester » au moins une fois pour en connaître les effets. Attention, si vous passez en dessous de 100% de détermination (juste à côté de votre niveau global), votre santé maximale diminuera.

Voici une nouvelle façon très maligne de la part de Cellar Door Games d’ajouter du piment aux runs. S’il y a des passages qui s’avèrent trop compliqués, ces reliques peuvent parfois changer la donne. Cela rajoute même un nouvel intérêt à l’exploration, se préparer contre les boss, en plus de chercher des ressources. De quoi pousser le joueur à prendre leur temps, d’autant plus que les boss sont redoutables.

La livreuse de pizza (me demandez pas pourquoi) peut débloquer les téléporteurs de chaque début de zone contre de l’argent.

ALLEZ, ON RECOMMENCE ?

Vous avez battu tous les boss du jeu ? Vous avez eu les crédits de fin ?… Eh bah il est temps de vous annoncer que vous n’avez vu qu’une partie du jeu ! Relancez alors Rogue Legacy 2 en New Game+ en choisissant quelques fardeaux (astuce, prenez celui qui agrandi le château !). Le New-Game+ permet de recommencer le jeu en gardant tout ce que le joueur a obtenu (expérience des classes, équipements, améliorations du château, etc.). En conséquence, les ennemis sont plus forts, mais les récompenses obtenues sont plus intéressantes. Qui plus est, en augmentant dans les NG+, des portions de l’histoire se débloquent avec des versions « supérieures » des boss.
 
Et si ce n’est pas suffisant, sachez que vous pouvez dépenser les âmes (la monnaie la plus rare du jeu) obtenues. Cela permet notamment de « briser » les limites de vos châteaux et encore plus l’améliorer. Il paraît que le niveau maximal dépasse même les 5000. Rogue Legacy 2 propose une expérience qui ne sera trop longue pour personne. Si quelqu’un souhaite juste finir le jeu une seule fois sans s’attaquer au New-Game+, il en aura pour environ 15-20 heures. Mais si celui-ci veut vraiment avoir tout à 100%, la durée de vie dépassera la centaine d’heures.
 

Les challenges proposés par les cicatrices sont le meilleur moyen d’obtenir des âmes.

ROGUE LEGACY POUR TOUS

Vous trouvez le jeu trop difficile ? Faites un tour dans le menu « pause » et mettez vos propres règles. Vous pouvez activer le vol, modifier la santé des ennemis, désactiver les dégâts en cas d’impact contre un ennemi, etc. Vous êtes libre de configurer Rogue Legacy 2 comme bon vous semble (et vous pouvez même le rendre plus difficile !). A cela, le but de Cellar Door Games est clair, l’accessibilité est primordiale. Car même si notre cher Rogue-Lite est un jeu exigeant, il n’en reste pas moins un jeu qui ne se montre pas frustrant. Même mieux, il ne VEUT pas énerver le joueur.

S’il y a un terme pour qualifier Rogue Legacy 2, ce serait : Grisant.

Grisant, car on a toujours la sensation de progresser, que ce soit par les classes qui augmentent en niveau, l’équipement qu’on acquiert ou lorsqu’on améliore notre château qui se construit petit à petit.

Grisant, parce que le gameplay du jeu est pensé à rendre chaque situation plaisante manette en main. Le personnage qu’on incarne se déplace de façon très fluide et précis.

Grisant, car ce Rogue Legacy n’est pas un jeu facile, et que chaque boss défait nous remplit d’un grand sentiment de satisfaction.

Les boss sont très impressionnants.

UNE PATTE SUBLIME POUR DES MUSIQUES EFFICACES, MAIS PEU MARQUANTES.

Il est assez compliqué de parler du scénario dans Rogue Legacy 2, la découverte de celui-ci fonctionnant un peu à la Dark Souls. C’est-à-dire qu’on découvre le tout par des bribes d’informations éparpillées par-ci, par-là. Sans rien vous divulgâcher, on a des affaires de trahison, de corruption et de dialogues profonds que j’aurais dû sortir à mon bac de philosophie. L’histoire est sublimée par les graphismes magnifiques du jeu, à des années-lumière du précédent opus. Exit le pixel-art, place à des décors dessinés à la main, et des personnages animés en 3D pour une animation fluide. En plus de proposer une direction artistique originale, ne jouant avec des décors qui seraient trop typés « Manga », ou une sensation de redite avec du pixel-art. 

Affichant un style très cartoon, Rogue Legacy 2 dégage pourtant une certaine atmosphère pesante. Une impression de solitude et d’être livré à soi-même dans un château dorénavant contrôlé par des Estuaires (les boss donc) devenus fous.

Sans que je trouve les musiques mauvaises, bien au contraire, je trouve que tout comme le premier opus, l’OST de ce Rogue Legacy 2 manque de thèmes marquants qui restent en tête. On est très loin d’avoir ce plaisir auditif que les Castlevania pourraient proposer, par exemple. Tout cela s’écoute alors sans gêne, mais jamais les musiques ne motiveront particulièrement. On n’est sûrement pas sur le niveau « Rocky » en terme de boost de motivation.

« I believe I can fly… I believe I can touch the sky… »

POINTS NEGATIFS

  • Un bestiaire qui manque un peu de variété.
  • Des musiques peu marquantes.
  • Euh… quelques hitbox parfois un peu discutables… ? Peut-être ?
  • Euhhhh… je cherche encore !

 

POINTS POSITIFS

  • Une suite excellente. Cellar Door Games a compris ce qu’il fallait améliorer, et corriger par rapport au premier opus.
  • Des nouveaux environnements très intéressants.
  • Les traits des personnages ont vraiment un intérêt.
  • Un gameplay grisant, hyper agréable manette en main.
  • Une direction artistique sublime.
  • Le(s) New-Game+, permettant de relancer l’intérêt du titre…
  • … et de décupler une durée de vie déjà conséquente.

Il est temps de dire les choses clairement : Rogue Legacy 2 est un chef d’œuvre. Proposant la même recette que son grand-frère en l’améliorant sur tous les aspects, Cellar Door Games peut être fier du résultat final, ce Rogue-Lite est une drogue dangereuse dont quiconque pose les mains dessus, se voit contraint de ne plus jamais voir ses amis. A vos risques et périls, moi j’y retourne, j’ai encore des dizaines de New-Game+ à faire.

Des joueurs de Rogue Legacy 2, apparemment.

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